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26 mai 2020
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Réflexions

Développer l’autonomie (selon Eric BERNE) de vos équipes grâce aux chevaux

Les chevaux sont des partenaires très efficaces pour nous aider à intégrer, de manière tripale, certains concepts d’Analyse Transactionnelle et notamment celui de l’Autonomie.

Pour étayer mon propos, je vous propose de partir de la définition de l’autonomie donnée par Berne et voir comment les chevaux peuvent être un facteur de progression. Selon lui : « l’accession à l’autonomie se manifeste par la libération ou le recouvrement de trois facultés : La conscience, la spontanéité, l’intimité». Trois soft-skills bien utiles dans l’entreprise.

1 – La conscience …

Lorsque nous sommes conscients, nous avons « la faculté de voir une cafetière et d’entendre les oiseaux selon notre propre manière et non celle qui nous fut enseignée » de même nous avons la capacité à « exister dans l’ici et le maintenant, non dans l’ailleurs, le passé ni l’avenir » (E Berne) . Nous sommes donc « conscients » lorsque nous ne sommes ni replongés dans le passé, ni projetés dans l’anticipation du futur, hors de l’ici et maintenant. Lorsque nous entrons en relation avec un cheval de 500 kg, il est fort possible qu’il nous impressionne et crée ainsi une situation de stress chez nous. Nous pouvons alors réagir de deux manières :

Au cours de cette rencontre, la plupart de mes clients “choisissent” la première option. Cela est logique puisque nos mécanismes scénariques habituels sont ceux que nous privilégions inconsciemment aux moments de stress. Mon travail d’accompagnement consiste alors à observer comment mes clients « disent bonjour au cheval », comment le cheval leur « répond », ce qu’ils se disent « après s’être dit bonjour », et pour reprendre l’expression de Berne : « Qu’est-ce qu’ils font au lieu de dire bonjour ». Très souvent, le cheval devient objet de projection : certaines personnes me disent : « Je ne l’intéresse pas, c’est pour cela qu’il ne veut pas faire ce que je lui demande ! » ou alors « Si je le caresse, il sera plus gentil avec moi » ou encore « Tu as vu ! Il secoue la tête, il n’a pas l’air content ! Il ne va jamais vouloir me suivre ! » Ces projections sont très intéressantes, elles parlent de l’histoire que se raconte la personne sur elle et son environnement. De leur côté, les chevaux ne projettent pas sur nous. En effet, lorsqu’un cheval « sain de corps et d’esprit » rencontre une personne pour la première fois, il réagit en terme de : Confort / inconfort, Sécurité / danger, Dominant / dominé, Comportement de prédateur / de proie, Aligné / dissonant, Confiance / méfiance… Un cheval, normalement, ne se raconte pas d’histoire à notre sujet. Il est dans la relation ici et maintenant, au premier degré. Les réactions du cheval donnent de précieuses informations sur la personne qui est en lien avec lui car il réagit à la hauteur de ce qu’elle lui propose.

Mon rôle est alors :

Pour Berne, comme pour le cheval, la conscience est première… Le cheval est donc notre baromètre naturel et nous aide à re-sentir nos moments de conscience.

Lors d’une séance avec le cheval et des débriefings, certaines personnes s’aperçoivent qu’elles sont très peu souvent conscientes. La plupart du temps elles se « dissocient » : Le corps est là mais pas l’esprit. La dissociation est une stratégie que l’on met parfois en marche lorsque l’on est petit et que l’on vit quelque chose de violent pour soi. Violence physique ou psychologique (Alcoolisme, drogue, dépression…). Il n’est pas toujours nécessaire d’en arriver à ces extrémités pour se dissocier. Nous utilisons tous la dissociation à différents niveaux pour échapper à des moments vécus comme peu agréables.

Par exemple : Après avoir été dans notre voiture, stressés, aux heures de pointes, nous nous retrouvons soudainement dans notre bureau sans trop de mémoire sur ce que nous avons fait pour y parvenir. Il y a de fortes chances pour que nous nous soyons dissociés pendant cette période.  Cette stratégie, souvent mise en place dans l’enfance, peut être perturbante à l’âge adulte car la dissociation n’est pas une stratégie d’assistance à la personne appropriée au long terme. Si une personne prend l’habitude de se retirer lorsqu’elle se sent menacée ou qu’elle ne se sent pas bien, elle risque, en effet, de l’être pour de bon . Dans la vie quotidienne, nous avons besoin d’être présent à nous même, de ressentir nos émotions, d’en comprendre le message pour connaître l’action que nous devons mettre en place. Nous pouvons retrouver cette notion chez Claude Steiner, qui parle plutôt « d’analphabétisation émotionnelle »

2 – Après la conscience, vient la spontanéité

Selon Eric Berne, « la spontanéité signifie choix, liberté de choisir et d’exprimer ses propres sentiments parmi la collection disponible (sentiments du Parent, de l’Adulte et de l’Enfant). Spontanéité signifie libération, libération de la compulsion à jouer des jeux, et à n’éprouver que des sentiments que l’on vous a enseigné à éprouver » Cela ne veut pas dire, « je suis spontané (e) et je dis et fais ce qui me vient, quand ça me vient ! Youpi ! », mais bien je mets en œuvre l’État du Moi adapté (et non automatique) à la situation, sans user de jeux scénariques, pour obtenir un résultat.

Revenons au cheval. Voici ce que dit Pat Parelli (Fameux Horse-man-ship Américainsur la relation au cheval:

« Dès qu’il s’agit d’obtenir quelque chose d’un cheval, deux types de comportements apparaissent très nettement : la méthode du bâton et celle de la carotte. Dans la première l’homme force le cheval, et peut même le frapper avec le bâton ; il a recours à la contrainte et à l’intimidation pour tenter d’obtenir quelque chose de lui. La méthode de la carotte consiste à parler doucement au cheval en tentant de le persuader. Cette attitude est généralement inefficace : cela revient à supplier le cheval au lieu de lui faire clairement comprendre qu’on désire obtenir le respect. Entre ces deux extrêmes se situe la personne sûre d’elle. Elle n’est ni agressive, ni craintive, mais a trouvé un juste milieu. Avec les chevaux, il faut savoir se montrer aussi doux que possible tout en restant ferme. Gentil ne signifie pas mièvre ou mollasson. Être ferme n’implique pas de devenir mesquin, ou de se mettre en colère. L’attitude propre au « Natural Horse-Man-Ship » est de faire quelque chose pour et avec le cheval, mais pas au cheval (…) »

Cet extrait peut être mis en lien avec des concepts d’Analyse Transactionnelle :

Son État du Moi Adulte lui permettra de structurer son Activité avec le cheval, de traiter, dans l’ici et maintenant, tous les signaux, toutes les informations, de la part du cheval et l’environnement. De penser, ressentir, se comporter comme l’adulte que la personne est aujourd’hui. C’est l’usage de cet État du Moi qui l’amènera à être attentif à tous les signaux émanant du cheval et traduisant son inconfort.

Son État du Moi Enfant sera le siège de son intuition, sa créativité, de son énergie, du plaisir qu’il peut chercher et trouver à travailler avec le cheval, de l’intensité de son ressenti tel que la personne le possédait dans son enfance.

Quel que soit l’État du Moi utilisé, la personne choisit de répondre librement pour s’adapter à la situation que lui propose le cheval sur le moment et non pour se soumettre à des commandements Parentaux dépassés ou à des histoires anciennes. Le cheval nous amène donc à la réflexion sur la meilleure manière de procéder, de prendre en compte l’autre, de se poser la question de ce que l’on veut réellement et les options pour y parvenir. Compétence très utile en entreprise non ? et d’une manière générale…..

Cette manière de faire est la Spontanéité. Cela implique de prendre le risque de se dévoiler, de se montrer tel que l’on est. Lorsque nous sommes avec un cheval, nous ne pouvons pas faire semblant. Le cheval semble être une fabuleuse caisse vibratoire, il est capable de sentir ce que, nous-même ne percevons pas (ou pas encore). Peu importe combien nous sommes doués pour cacher nos émotions ; notre système nerveux et notre non verbal émettent toujours malgré nous ce que nous ressentons : le cheval nous observe, ressent nos dissonances…entre en relation avec nos fréquences émotionnelles. Non pas pour nous être agréable ! Mais juste parce que cette faculté innée lui permet de rester en vie en repérant les mouvements des prédateurs.

3- Et enfin, l’intimité

Selon Eric Berne, « l’intimité, c’est la sincérité spontanée, débarrassée du jeu, d’un être conscient, la libération de l’Enfant perceptif eidétiquement, non corrompu, lequel en toute naïveté vit dans l’ici et maintenant » et plus loin, « puisque l’intimité est essentiellement fonction de l’Enfant dans ce qu’il a de naturel (tout en s’exprimant dans un moule de complications psychologiques et sociales), elle a tendance à donner de bons résultats si l’intervention des jeux ne la trouble pas »

L’intimité signifie un partage ouvert des sentiments et des besoins entre nous et l’autre. Les sentiments exprimés sont authentiques. Quand une personne est dans l’intimité, elle va vraisemblablement passer dans son Enfant Libre lorsqu’elle se sent dans un environnement sûr par le biais d’un contrat Adulte et d’une Protection-Permission Parentale. La plupart du temps, je peux observer ce passage dans l’Enfant Libre physiquement lorsque mes clients commencent à sourire avec béatitude et que leur visage s’illumine comme celui d’un enfant devant un jouet de Noël…. Ce visage est unique et reconnaissable. Peut-être l’indice d’une personne s’autorisant à goûter la voie de l’autonomie ?…

Mais ne me croyez pas, venez essayer !

Merci pour votre lecture !

Corinne Chaussemy